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Rock En Seine - Foals, Massive Attack, Last Shadow Puppets, ...

Crédit photo :

© Olivier Hoffschir

Date et lieu :

Foals, Domaine de Saint-Cloud – 26, 27 et 28 août 2016

Live Report :

26,27 et 28èmes journées caniculaires du mois d’août de l’an de grâce 2016, Domaine National de St Cloud : Festival de musique Rock en Seine 14ème édition. 110 000 personnes ont foulé les 460 hectares qui nichaient en des temps fort, fort lointains un château royal, tour à tour propriété de proches de Catherine De Médicis, du frère de Louis XIV ou de Marie Antoinette. Théâtre de l’assassinat d’Henri III, du couronnement d’Henri IV et du sacre de Napoléon I et III, l’édifice est finalement incendié et bombardé pendant la guerre franco-allemande 1870. Un endroit mortel quoi. C’est le cas de le dire.

Face à la scène Cascade, 18.00 h, 37° et 47cl de blanche bien fraîche à la main, le protégé de Dr Dre**, Anderson Paak m’arrache quelques hochements de tête. Le californien fait les frais de problèmes de sons qui s’avèreront récurent pendant ce festival. Il monte malgré tout une solide mayonnaise de sonorités instrumentales soul et funk old school, samples chaleureux et rap/chant rugueux… Ça se tient. « We ‘re The Brian Jonestown Massacre and this is our music »… Côté scène industrie, c’est maintenant. Chaleur tropicale et folk psyché lascive et capiteuse pour jeunes femmes en bikini et couronnes de fleurs et grands chevelus à torse-poil. Anton Newcombe et son gang tiennent la promesse d’un joli kaléidoscope de morceaux tous albums confondus, dont les très attendus _« Anémone », « Nevertheless » et « Groove Is In The Heart »_. En quête de carburant, je me retrouve prise dans le flot de la foule toute acquise à la cause de Damian Marley**, bien occupé à besogner son public à grand renfort de tubes de son défunt père, sans commentaire.

La médaille d’or catégorie « ma main dans ta gueule » va, sans chipoter, à Clutch et son frontman Neil Fallon. Les gars du Maryland divisent pas mal quand à leurs prestations studios mais font l’unanimité en live, je ne pouvais pas passer à côté. En guise d’intro une bande son : « We need some money » de Chuck Brown And The Soul Searchers. Puis « Gravel Road » nous parfume direct : stoner sexy, punk burné, blues juste comme il faut. Fallon est solaire, crooner barbu flirtant avec la braille, ma came en plein quoi. Je cours littéralement jusqu’à la scène Pression Live pour découvrir Royal Republic. La seule chose que ça m’inspire à froid, c’est que pour un groupe de rock c’est tout de même un sacré nom de merde. Ca fait pas 3 secondes que les suédois jouent que ce débat intérieur stérile sur le marketing passe à la trappe : Oué. C’est bien ce que je craignais : C’est VACHEMENT BIEN. Moitié Hives, moitié Franz Ferdinand, moitié Arctic monkeys (LA FERME: C’est moi qui raconte) , ils sont beaux comme des camions de Krisprolls (du poil bien taillé, du cheveu mais pas trop, du costard, de la cravate western) et ils ont la déconne facile. C’est frais, c’est propre et bien branlé.

The Last Shadow Puppets clôturent cette première journée avec une grande élégance toute britannique. Un quatuor violon nous accueille avec la bande originale du film Le Mépris, « Le Thème De Camille ». Une entrée en matière délicate pour un set impeccable. Miles Kane en kimono serpent et Alex Turner en costard noir jouent la générosité, ouvrent sur « Calm Like You » et ne baisseront pas la garde pendant une heure et demie de « Baroque pop », pas plus qu’ils ne feront l’économie d’un seul tube. La reprise des fameux « Cactus » de Dutronc fait un peu retomber la tension émotionnelle et donne l’occase à Alex de faire un peu l’andouille sur scène. Ils terminent sur l’excellente reprise de Bowie « Moonage Daydream », laissant en suspend quelques particules de cette magie teintée de mélancolie qu’ils ont apporté à St Cloud.

Debout la d’dans, le soleil chante, les oiseux brillent. Le thermomètre ne débande pas et c’est par 38° que la foule, moi inclus, fait un triomphe au trio australien Wolfmother. La grande scène et ses environs grondent du rock 70’s viscéral et du timbre contre-ténor nasillard d’Andrew Stockdale, cavalant sous sa grosse tignasse, ventilo et brumisateur pleine poire. Ian Peres, bassiste et keyboardiste de son état exulte, bondissant derrière ses instruments. Avec une setlist intelligemment axée sur le premier album (« Dimension », « Woman », « White Unicorn »…) et ponctuée d’autres perles dont le récent « Victorious », ils en mettent un beau bordel.

Je flâne un peu dans le village du disque qui propose un choix tout à fait honorable de vinyles. Puis devant les affiches de groupes réalisées par des stars de DC COMICS et VERTIGO telles que Gabriel Ba, Wes Craig, Brian Wood ou Jason Latour, la mega classe. Bring Me The Horizon attrape ensuite la grande scène et la retourne comme une crêpe. Cet arrière-goût néo-métal en temps normal j’en suis pas cliente, mais une belle énergie se dégage de tout ça. Je ne parviendrai jamais, en revanche, à pénétrer l’univers des frenchies de La Femme. La prestation ne bénéficie pas d’un son exceptionnel, en tout cas pas de là où je suis et me laisse de glace tant musicalement que visuellement.

La dernière fois que j’ai vu L7, c’était en première partie de Faith No More, j’avais 14 ans, un contrôle d’histoire-Géo le lendemain et c’était mon premier concert de rock. Les cinq premiers morceaux s’enchaînent bon train, c’est agressif, animal, torride et un peu plus clean qu’à l’époque. Elle sont belles et enragées, les sensations sont intactes. C’est la foire au morceau qui déchire : « Deathwish », « Andres », « Monster »… y’en aura pour tout le monde et si t’en « reveux », y en « ren’a » : le coup de grâce pour la fin , « Pretend We’re Dead » et « Fast And Frightening ». Une bonne branlée comme on ne se lasse pas de ramasser.

La fraîcheur et la fatigue, tombent sur St Cloud. Adossée à un platane, le cul dans la poussière, je découvre médusée la mise en place de Sigur Ros. Les Islandais enferment la scène cascade dans de grandes grilles de metal noir, le rendu indus/urbain contraste avec un plumetis lumineux champagne, plus ou moins intense avec l’évolution des morceaux. Une poésie musicale et visuelle hypnotique et surprenante.

Je fais partie des 2% de la population mondiale qui s’emmerdent en écoutant Massive Attack. Là, c’est pas que j’y vais en Moonwalk mais je ne suis pas transie d’impatience. Et pourtant. Robert « 3D » Del Naja et Grant « Daddy G » Marshall, flanqués d’Horace Andy et d’Azekel, plantés dans un décor énigmatique, posent les bases d’un set étourdissant avec « Hymn Of The Big Wheel ». Le show n’est rien de moins qu’un enchevêtrement complexe d’informations auditives, visuelles, spirituelles, intellectuelles et émotionnelles, mais aussi un redoutable best of classieux et très bien organisé, rehaussé de la saveur piquante de quelques nouveautés dont « Take It There », pendant laquelle Tricky nous fait l’immense honneur de sa présence. Déboulonnage collectif. Au-delà de la musique, Massive Attack n’a jamais oublié ses origines et le contexte social tendu du Bristol de leurs débuts. Les écrans sur lesquelles défilent questions philosophiques, faits d’actualité cruels et gros titres de torchons à scandales, forcent la réflexion et créent une dimension parallèle temporaire, entre atmosphère onirique pesante et réalité glaciale. Deborah Miller en featuring sur « Safe From Harm » et « Unfinished Sympathy », pour un final parfait.

Le lendemain, en mode bonne élève je pars avec la ferme intention d’arriver tôt et d’assister à la diffusion du documentaire « Rock n’roll of Corse » au village du disque. C’était sans compter sur les suédois de Blue Pils. Intriguée par la très « Joplinienne » Elin Larsson, je leur accorde cinq minutes. Cinq minutes plus tard, trois quarts d’heure se sont écoulés, mon docu est plus que torché et moi je suis complètement piquée de leur blues rock psyché surgras et de cette jolie blonde aux pieds nus. Du coup j’attaque Kevin Morby un peu à la bourre, le texan infuse tranquillement mais sûrement sa folk fraîche, légère mais très aboutie depuis la scène cascade. Un très bon moment. C’est reparti dans l’autre sens à la grande scène pour Editors qui me laissera une grosse impression. Leur new-wave post punk hymnesque crame tout à trois hectares à la ronde. Le groove noir de l’hyper dansant « Munich », le récent et génial « The Pulse », la sublime voix et l’énergie de Tom Smith y sont pour beaucoup.

Gregory Porter est au charbon à la Cascade, et c’est un très grand coup de coeur. De la soul ronde, lumineuse et sensuelle, auréolée de jazz, soutenue par une belle contrebasse et réchauffée au saxophone. Sur une petite dizaine de morceaux, on peut noter deux de ses singles « Don’t Lose Your Steam » et « Take Me To The Alley » et une reprise pêchue et joviale de « Papa Was A Rolling Stone ». Je suis liquide. Mais je tiens la cadence ! C’est Sum 41 qui enchaîne et crévindiou que le son est mauvais. Derryck Whibley n’en a cure (ou s’en rend-t-il seulement compte….???), galvanisé par une foule à perte de vue pogotante et chantante à tue-tête. Ne connaissant que les deuxième et troisième albums, je suis surprise de reconnaître une influence presque heavy metal sur certains morceaux tels que « Pieces » ou le très court et très éloquent « Grab The Devil By The Horns And Fuck Him Up The Ass ». La pop punk qui caractérise leurs singles les plus connus comme entre autres « Fat Lips », « Motivation », ou « Into Deep » éclate sur scène et dans la fosse malgré des caprices techniques légèrement agaçants faisant disparaître puis réapparaître certains instruments de façon aléatoire.

Ghinzu est sur scène depuis un bon moment déjà quand je les attrape au vol et si je me pointe au rencard, j’avoue quand même ne pas être une de leurs plus grandes fans. La performance me semble honnête et pas du tout désagréable bien au contraire. Il me semble reconnaître un florilège de leur 3 (…??? 4…??) albums, le tout prend fin sur le célebrissime « Do You Read Me », suivi des « Jet Sex » et autre « Cockpit Inferno ». Bien joué. Je pars avant la fin : Iggy Pop ne m’attendra pas et ça fait chaud au coeur de le revoir.

Il fait pas bon être une rock star de passé la soixantaine ces derniers temps… Il saute et court comme un cabris, un peu claudiquant tout-de même, on sent une hanche un peu douloureuse. Pleine d’espoir je cherche Josh homme, Matt Helders et Dean Fertita du regard. En vain. Regain d’énergie sur les premières notes de « I Wanna Be Your Dog », merde c’est Iggy !! Je danse, je chante, mais je suis rattrapée par les spectres de Ron Asheton, Steve MacKay et James Williamson, et ce piano de saloon au beau milieu de « Passenger » n’arrange rien. Je refuse de tomber dans le cliché de la fan blasée : l’ambiance est très sympa, ils jouent quelques belles pièces inattendues comme « Five Foot One », « Sixteen » ou « Sister Midnight ». Ok, ok, « 1969 » et « Search N’ Destroy » n’ont pas cette saveur garage punk que je leur ai connu sur d’autres shows. OK. OK bordel c’est quoi ce xylophone playschool trois fois trop devant sur « Gardenia », le SEUL titre du génialissime dernier album….??? L’histoire retiendra que notre Iggy est bel et bien toujours là et pas décidé à raccrocher le bougre, pourvu que ça dure.

Foals s’empare de la grande scène avec « Snake Oil » et je me suis sentie tellement bien ici à St Cloud pendant trois jours, j’ai du mal à réaliser que dans une heure et demie ce sera terminé. Encore un peu de suspens technique mais ça n’a (presque) plus d’importance, les gars d’Oxford installent une vraie tension musicale et ambitionnent très clairement de nous la coller copieuse pour ce final. « Mission complete » : le ténébreux Yannis Philipakis a la guitare haut perchée et la langue bien pendue. Il nous présente ses excuses pour je cite « cette connerie de Brexit » et tournoie sur scène, balayant la foule d’un regard sombre. La sélection est brillante, et l’exécution remarquable : « Olympic Airways », « My Number », « Late Night », « Mountain At My Gates », « What Went Down »… et s’achève sur « Two Steps, Twice », tout simplement génial.

A l’année prochaine St Cloud !

Sheena

Setlist :

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