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Rammstein, Megadeth, Korn, Satriani, Ghost, ... - Hellfest 2016

Crédit photo :

© Evan Forget

Date et lieu :

Hellfest, Clisson – 17-19 juin 2016

Live report :

Voilà. C'est fini. A nouveau ce sentiment rempli à la fois de satisfaction et de nostalgie. Fini le Hellfest. Retour à la maison. Retour à la réalité. Tout en sachant qu'une partie de moi est encore une fois resté là-bas. Pourquoi me direz-vous ? Parce que le Hellfest est autant une expérience musicale qu'humaine. Etant un habitué (septième édition pour ma part), je rencontre régulièrement des gens qui me posent toutes sortes de questions sur ce festival. Beaucoup expriment une réelle curiosité quant au Hellfest, sans oser tenter l'aventure. Alors pour les néophites, ou ceux que ça intéresse, j'ai décidé de commencer par une présentation, ou du moins une vision, du Hellfest. Pour ceux qui connaissent déjà ce festival, ou qui ne veulent avoir qu'un avis sur les groupes que j'ai pu voir... direction la deuxième partie sans passer par la case départ.

I – Une petite présentation du Hellfest...

Je serais tenté de résumer ma vision en comparant le Hellfest à un parc d'attraction pour les grands. Tout commence par l'arrivée sur le site. Une fois posé le bracelet, précieux sésame qui permet de passer les différents points de contrôle, on découvre le Hellcity Square. Il s'agit de l'equivalent du Main Street de Disneyland, version Hellfest. On est directement plongé dans une ambiance rock'n'roll, avec ses décors à l'américaine. On y trouve l'Extreme Market (deux grands hangars dans lesquels on peut acheter fringues, disques, accessoires...), ainsi que différents stands ou boutiques (stand Gibson sur lequel on peut essayer des guitares au shop Rock, boutiques, espace tatouage/piercing, stands publicitaires proposant barbier, karaoke...). De quoi faire le bonheur de tout amateur éclairé. Ensuite, direction le Metal Corner, espace détente situé à l'entrée du camping. Les festivaliers peuvent y trouver une scène qui proposera concerts et soirées DJ, des bars, la zone des douches, un écran géant, des stands pour se divertir... Enfin, l'arrivée sur le camping, où les rencontres seront nombreuses. C'est l'occasion de partager des verres avec des festivaliers venant de toute l'europe, dans une ambiance festive et conviviale. C'est également l'occasion de découvrir que les bouchons d'oreille ont également une utilité la nuit, certains apéros pouvant se prolonger jusque tard dans la nuit !

On accède à la zone du festival en passant par la « cathédrale », zone de contrôle, où la sécurité a été renforcée cette année. Contrôle plus minutieux veut dire plus d'attente, mais au regard des circonstances, on l'accepte avec compréhension. Arrivé sur le site, on ne peut qu'être saisi par le décorum du Hellfest. Les mainstages sont encadrées par des fresques géantes au milieu desquelles des écrans géants rediffusent en direct les concerts en cours, et tout le festival bénéficie d'une décoration qui rend ce festival si unique. On y est complètement déconnecté de la réalité, on est est plongé dans une ambiance « metal » unique. On croisera de nombreux festivaliers déguisés pour l'occasion, ajoutant à l'ambiance festive. On rencontre des festivaliers de tout âge au Hellfest, certains venant même avec leur petite famille (casques antibruits fluos sur les oreilles). Et ça tombe bien : aucune bagarres au Hellfest, mais un respect entre festivaliers, que l'on retrouve même au milieu du pit, ou de la fosse. Vient le choix des concerts, qui s'articulent entre trois binomes de scènes : Mainstages I et II qui proposent un programme varié, peut être plus « mainstream », The Altar/The Temple qui proposent la musique la plus extrême, et The Valley/The Warzone qui assurent essentiellement la programmation des groupes de Stoner, Sludge, Punk, Hardcore... Le site aura encore évolué cette année, avec une Warzone entièrement refaite, qui en serait presque devenue la scène la plus pratique à fréquenter, avec son dénivelé et ses gradins.

II – Live report sur trois jours.

Le premier jour du festival a été marqué par une météo capricieuse mais qui ne m'aura pas empêché de profiter de très bons concerts. On commence donc ce vendredi avec Halestrom, dont le hard rock teinté d'alternatif aura tenu la dragée haute aux groupes plus « violents ». Lzzy Hale, sa chanteuse, n'y est pas pour rien, donnant tout, au point que j'ai craint pour ses cordes vocales. Une bien belle entrée en matière pour cette édition ! Place ensuite aux français de Mass Hysteria. Malgré un son perfectible, l'énergie positive du groupe a su conquérir un public qui n'hésitera pas à jouer le jeu des « circle pit » et « wall of death ». Le chanteur et les gratteux réitèreront leur petit exploit de l'édition 2013, à savoir jouer au milieu d'un circle pit furieux. Un bon set dans l'ensemble et positif à bloc.

On continue avec Anthrax, au set quasi parfait. Tout y est : un son propre, une énergie puissante, aucun temps mort. Ce sera l'occasion pour certains de découvrir leur reprise du célébrissime « Antisocial » qui aura rencontré un succès prévisible auprès des festivaliers. Anthrax n'a pas usurpé sa place dans le « Big 4 » et nous l'aura démontré avec brio.

Un petit bout de Turbonegro dont le rock très (trop ?) propre contraste avec les groupes précédents, avant de se diriger vers la Warzone. Un groupe comme Killswitch Engage, ça ne passe pas dans le coin tous les mois, impossible de rater une des références du metalcore. Et leur prestation aura été à la hauteur de toutes les attentes. Un concert fantastique au cours duquel le groupe visitera autant son dernier album que ses classiques. Jesse Leach est très en voix et Adam D nous gratifie de ses habituelles pitreries sur scène. Que du bonheur !

Retour vers la Mainstage II pour finir écrasé par le rouleau compresseur des coreux de Hatebreed, aux titres particulièrement taillés pour la scène. Un concert qui peut se résumer en quelques mots : simplicité, efficacité, brutalité.

Petite déception avec Volbeat dont la musique s'éloigne de plus en plus du metal teinté de rockabilly de ses débuts. On assiste donc à un concert qui n'a pas l'énergie de l'édition 2013. Malgré tout, prêtant l'oreille aux comentaires des autres festivaliers, le groupe aura visiblement su satisfaire un public moins exigeant que moi.

En tout cas, s'il en était besoin, les Dropkick Murphys auront su redonner un coup de fouet au festival avec leur punk mélangé de musique traditionnelle irlandaise. C'est à une grande fête que ce groupe a invité les festivaliers qui dansent partout ! Ambiance pub irlandais mais les doigts dans la prise.

Voici venir enfin la tête d'affiche du jour, les teutons de Rammstein. La grosse machine allemande est en route et le show est à la hauteur des attentes du public. Les grands succès du groupe s'enchainent magistralement à quelques exceptions près. On regrettera un son un peu criard et une pyrotechnie en deçà de ses précédents concerts.

Difficile pour The Offspring de prendre la suite. Ne soyons pas médisant, le concert n'était pas mauvais mais franchement on n'a pas senti une grande envie du groupe d'être là...

La journée du samedi commencera par Sick Of It All, et leur hardcore old school. Rien à redire sur la prestation. J'aurais envie de dire simple comme du hardcore... Le public a répondu présent, dans un pit plus énervé que jamais. Vient le tour de Joe Satriani de monter sur scène. Alors là... D'un côté on a assisté à un concert parfait, vraiment parfait. De l'autre, difficile de se sentir transporté par 50 minutes de morceaux instrumentaux... Ca reste toujours sympa de voir le dieu de la 6 cordes sur scène. Place ensuite à Disturbed que j'attendais avec impatience s'agissant de leur première apparition au Hellfest. David Draiman assure une prestation vocale impeccable, le reste de la bande est au même niveau. Le groupe se laissera aller à quelques reprises faisant monter sur scène quelques guests pour l'occasion. La reprise de « Killing In The Name » de Rage Against The Machine fera d'ailleurs son petit effet dans le public. Bref, du tout bon.

Alors vient ensuite la déception du week-end. Pas totale, mais quand même. Dans l'ensemble, Within Temptation n'a pas trop mal joué. Mais le groupe m'a paru ne pas être au point. Comme s'ils étaient venus en dilettante, les départs des morceaux étant hésitants, entrecoupés de nombreux blancs. Sharon Den Adel allant jusqu'à se planter sur « Faster » ...

On change carrément de genre en allant voir Primordial sur la scène The Temple. Superbe concert avec un chanteur assurant une présence impressionnante pour une musique qui se veut lourde, souvent lente, mais qui prend les tripes. Le groupe de folk/black metal fait un peu le tour de sa discographie avant de finir sur un « Empire Falls » magistral.

La programmation de Twisted Sister en tête d'affiche du samedi avait soulevé de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux et les différents forums du net. Moi y compris. Le groupe saura mettre tout le monde d'accord, avec une prestation impressionnante, sans fausse note. Dee Snider s'est mis rapidement le public dans le creux de la main. Physique impressionnant pour un gars de soixante ans dépassés, une énergie communicative, une voix rageuse et toujours juste. Je me suis vu fredonner « I wanna rock » jusqu'au lendemain midi... Le hard rock à papa, ça reste encore et toujours une valeur sûre en live. Après quoi a eu lieu l'émouvant hommage vidéo à Lemmy Kilmister suivi d'un feu d'artifice grandiose, voire démesuré.

La journée se termine avec Korn qui saura faire oublier quelques petits soucis de balance qui émailleront tout le concert. Le groupe se donne à fond, écumant ses plus grands titres pour le plus grand plaisir d'un public qui ne se fait pas prier pour sauter dans tous les sens. Le meilleur concert que j'aie pu voir de ce groupe en tout cas.

Troisième et dernier jour de festival. Celui dont j'attendais le plus. Et je n'ai pas été déçu. Alors on va commencer par Dragon Force et son power metal bien rapide. Tout en démonstration, il faudra quelques titres au groupe pour bénéficier d'un son permettant d'apprécier les subtilités de leur jeu. Parce que oui, ça joue aussi vite en live que sur CD, ce qui peut parfois donner au groupe un côté parodique malgré lui. Dommage, la double pédale mangera le début du concert. Bonne présence en tout cas, renforcée par les interventions du bassiste, Frédéric Leclercq. Amusant de voir comment le public réagit lorsqu'on lui parle en français entre deux titres dans la langue de Shakespear.

Justement, on enchaine avec un groupe français : No One Is Innocent. Voilà un groupe qui avait marqué les années 90 avec son titre « La Peau » et forcément/heureusement on y a eu le droit. J'avoue que je ne connaissais pas vraiment les autres titres joués sur scène mais franchement il y avait tous les ingrédients pour passer un bon moment. Et même pour s'essayer à un petit slam.

Ensuite, voilà un cas difficile. Tarja, ex-chanteuse de Nightwish, bénéficie d'un statut de quasi légende parmi les voix féminines du metal. Mais elle aura eu du mal a rassembler une foule devant la scène qui ne se sera enflammée que lors d'une reprise de son ancien groupe. Dans l'ensemble, ni les compositions, ni le son très moyen ne m'ont convaincu. Un grand nom pour une petite performance.

Encore un groupe français pour continuer et non des moindres : Gojira. Grosse présence sur scène, un public visiblement conquis, une playlist qui tabasse, avec pas mal de nouveaux titres de grande qualité... Je regrette que le groupe ne se soit pas essayé à certains titres un peu plus subtils de leur discographie récente. Gojira était venu pour faire une démonstration de force, elle fut executée avec brio. Seul manquait un petit « Oroborus » pour couronner le tout.

Les allemands de Blind Guardian pourraient presque remporter le prix de la prestation la plus propre du jour. Un son d'une clarté impressionnante, une voix parfaite, un power metal énergique et efficace. Même sans connaitre vraiment le groupe, il y avait matière à passer un excellent moment. Qui a dit « Deutsch qualitat » ?

Pas grand chose à dire sur Slayer. C'est un groupe de tueurs de scènes. Ce n'est pas à un vieux singe qu'on apprend à faire la grimace, encore moins quand il fait partie du Big 4. Je m'y attendais, le résultat est là, sans surprise : un concert digne d'un des plus grands groupes de trash de tous les temps.

Pendant ce temps, on pouvait voir du coin de l'oeil le décor scènique des vickings d'Amon Amarth. Corne de bouc ! Les proues de drakkar sont de sortie, la pyrotechnie aussi. Malheureusement, on retrouvera encore le syndrome de la double pédale surmixée pour une bonne partie du concert. Et pourtant le final sur « Guardians Of Asgaard » et « Twilight Of The Thunder God » me laissera sur un sentiment de satisfaction.

Autre membre du Big 4 : Megadeth. La nouvelle bande à Mustaine nous jouera quasiment la moitié des titres de son dernier album, entrecoupés des grands classiques de son histoire. J'ai l'impression que Chris Broderick et Shawn Drover (anciens guitariste et batteur) apportaient plus de feeling en concert. Peut être que la formation actuelle a encore besoin de trouver ses aises. Mais le tout reste très bon, et je n'ai pas boudé mon plaisir.

Enfin, le groupe dont j'attendais le plus ce week-end : Ghost. Le Hellfest peut témoigner de l'évolution du groupe. On a pu le découvrir sous chapiteau en 2011, confirmer sa capacité à assurer un remplacement sur la Mainstage II en 2013, et retrouver cette scène cette année pour livrer un show avec de réels moyens cette année. Un Papa Emeritus III (chanteur) en représentation quasi théatrale, des bonnes soeurs qui descendent dans le public, une chorale d'enfants pour finir... Vraiment excellent. Dommage que les chansons du premier album soient passées à la trappe, mais on ne peut pas tout avoir. Ma découverte de l'édition 2016 : Puscifer. Je ne connaissais pas ce projet parallèle de Maynard James Keenan, chanteur du groupe Tool. D'un côté, pas de regret à avoir. Découvrir un groupe avec un concert pareil reste un plaisir. On oscille entre le rock alternatif et le rock experimental, ce qui contraste pas mal avec ce que j'ai pu écouter jusqu'ici pendant ces trois jours. Mais entre des musiciens qui se donnent à fond, deux couples de catcheurs qui enchainent des chorégraphies et un son quasi parfait, les compositions de qualité du groupe ne pouvaient que faire mouche. Ambiance trippante, un ovni perdu dans le festival.

J'avais décidé d'achever mes oreilles avec Deicide. C'est réussi, au propre comme au figuré. Un son particulièrement puissant et agressif me rappellera combien il peut être utile de prévoir des bouchons d'oreille. Le père Glen Benton enchaine les morceaux comme un forcené, ne laissant quasi aucun temps mort. Ca joue vite, ça joue bien, ça joue très fort. C'est rassasié de cette bonne grosse dose de death metal que je retourne à ma tente.

Axel

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