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Radiohead, Future Islands, Royal Blood, Pretenders... - Rock Werchter - 30.06.2017

Crédit photo :

© Jokko

Date et lieu :

Rock Werchter, Werchter – 30 juin 2017

Live report :

Après une première journée dense et absolument salutaire, le retour sur le ground de Rock Werchter se fait avec un plaisir non dissimulé. Le temps est encore avec nous et la programmation semble émaillée de petites surprises.

La première s’appelle Tamino qui, à une heure précoce, amasse une foule dense sous le chapiteau de The Barn. Tamino-Amir Moharam Fouad, belge d’origine égyptienne, séduit un public à priori déjà connaisseur avec une atmosphère éthérée et plutôt caverneuse. Sa voix est un atout indéniable, assez nonchalante mais étirable, dévorant les octaves, passant des graves aux aigus. Sa reprise de « I Bet you Look Good On The Dancefloor » des Arctic Monkeys en version poignante et amplement ralentie fait un pur tabac. Surprenant. Entre deux, on prend le temps. On visite le site, on tape un bout d’gras au niveau de The Slope, presque dessous l’immense rampe à apéro. On va voir le North West Walls, des murs de containers peints avec, à ses pieds aussi, un espace détente. Check.

Changement de registre, on file sous The Barn pour attendre les improbables Future Islands. On est presque scotché à l’avancée de scène comme Mamie devant le guichet de la Poste à 9 du mat’. Pas question de rater les pas de danses et accès de folie de Samuel T Herring, annoncé par un speaker avant son arrivée comme une « bête de scène » ! Le groupe de Baltimore envoie une electro-dance speedée à base de synthés dégueulant, d’une batterie syncopée et d’une basse bondissante. Sur cette rythmique massive et nerveuse, Samuel T Herring apparaît comme habité, totalement possédé par son chant sous ses faux-airs de chef comptable de la fin des années 90, chemise pourpre bouffante rentrée dans le pantalon noir. Il harangue la foule, jette des regards effrayants, dévore violemment la scène de gauche à droite et n’oublie jamais ses légendaires danses hypnotico-ridicules. Dantesques ! Il déverse son chant grave et profond, en levant parfois (presque littéralement) son masque de monstre pour éructer quelques paroles gutturales. La tension est palpable, les hits s’enfilent comme des perles (« Ran », « A Dream Of You And Me », « North Star », « Balance »…) jusqu’à l’enchainement frénétique de « Cave » et « Season (Waiting For You) » (bien sûr !). Ah l’orgasme ! Le lendemain, le magazine belge Moustique titrera : « Future Islands, le groupe le plus fou de Werchter ». Oh que oui.

A peine le temps de reprendre son souffle, imaginant déjà Herring se liquéfier après autant de débauche d’énergie, on enchaine sur la Main Stage où les White Lies vont malheureusement livrer un concert décevant, plutôt insipide.

Nouveau changement de registre, toujours sur la grande scène, Royal Blood arrive, mur d’ampoules en fond (en plein jour, Hulot doit faire la gueule). A deux, bien sûr. Mike Kerr à la basse et Ben Thatcher à la batterie. Pour un binôme, les anglais évitent l’écueil du minimalisme et de l’ennui. Au contraire, par un son assez démentiel, une basse massive et une batterie absolument pachydermique, ils arrivent à capter l’audience et à lancer tour à tour quelques pogos localisés en jouant avec un public réceptif. Bizarrement, si le deuxième album de Royal Blood est assez réussi, avec une production trapue et un bel équilibre de bout en bout, les compos ont clairement moins d’impact bestial sur le public. Et pas uniquement de par sa récente date de sortie. Le début du set est d’ailleurs très focalisé sur ce dernier album et c’est clairement la fin en trombe qui fait exulter le Werchter avec notamment l’immense « Figure It Out », puis « Loose Change » et « Ten Tonne Skeleton » avant un final déflagrant sur « Out Of The Black ». Durant la chanson, Mike Kerr triture sa basse pendant le bain de foule de Ben Thatcher qui revient achever l’audience à coups de masse et BAM ! « Out Of The Black » est monstrueuse.

Je dois reconnaître qu’après ça, lorsque mon Lanig me propose de rejoindre les Pretenders, je suis dubitatif. Là, tout de suite ? Mais bon Dieu, c’est qu’on arrache les dernières place de la scène couverte du Klub C avant que la sécu ne prive l’accès aux quelques voyeurs hébétés restés dehors. La mère Chrissie Hynde trémousse toujours ses formes dans son jean moulant et son t-shirt noir sans manche. Agrippée à ses Telecaster, la meneuse charismatique s’active à la tête de sa petite entreprise qui va bientôt fêter ses 40 ans. Son groupe, à deux-tiers recomposé de nouveaux, envoie le bois avec une pêche d’enfer. On se prend au jeu et l’ambiance est vraiment joviale. On bouge, on chante, on danse, on ne boude pas le plaisir sur « Don’t Get Me Wrong » et « Stand By You », modestes hymnes générationnels. Sympa, vraiment sympa.

L’instinct bestial du festivalier laisse place au fin stratège que nous sommes (autocongratulation, j’en conviens). C’est l’heure de prendre place pour la seule vraie immense tête d’affiche du soir : Radiohead. Une heure avant, on est déjà serré comme des allemands dans un club Maramara. C’est dire… A l’heure pile, Radiohead éteint les lumières et les premières notes au piano de « Daydreaming » ruissellent sur la plaine de Werchter. Ce début de concert est fascinant, bientôt renforcé par des lumières féeriques et un son cristallin, parfait. « Lucky » arrive à point nommé comme le premier hymne rock de ce magnifique show qui se poursuit par une belle brochette « Ful Stop », « Airbag » et l’exceptionnelle « 15 Step ». Radiohead est un groupe de taiseux, personne n’est surpris, mais à un moment donné on sort presque de son univers tant il s’y enferre sans compromis, presque à se déshumaniser. Tout est excessivement parfait, musicalement le travail d’orfèvre sur les textures sonores et les ambiances est phénoménal. Mais, à mon sens, durant pas loin de 30 minutes, Radiohead s’élève un peu loin… avant de revenir à un son et une atmosphère plus telluriques notamment à partir d’« Identitik ». Et qu’il aurait été dommage que Radiohead ne laisse pas la pleine expression à son fantastique Johnny Greenwood, guitar hero oublié, merveille de brodeur sur ces guitares (et claviers à l’occasion) qui mène l’orchestre au paroxysme de la créativité. Thom Yorke est flegmatique, absolument perché sans dire mot mais très affairé à chanter précisément et avec variation toutes ces chansons. Son charisme assez naturel plutôt due à son côté énigmatique, il le renforce par ses déhanchements et ses danses contemporaines. La fin du set monte en puissance avec deux rappels copieux et quelques chansons emblématiques dont « No Surprises », « Paranoid Android », une belle version de « Reckoner » et surtout une conclusion magique avec « Karma Police » seul vrai moment de partage intégral avec un public hypnotisé. Bluffant.

C’est la fin déclarée de notre périple belge. Demain il pleuvra. Demain on ne sera plus là. Mais quelle édition fantastique.

Jean

Setlists :

Retrouvez la setlist de Future Islands Retrouvez la setlist de Royal Blood Retrouvez la setlist de Pretenders Retrouvez la setlist de Radiohead

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