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Faith No More, Slash, Airbourne... - Hellfest 2015

Crédit photo :

© Ozirith

Date et lieu :

Hellfest, Clisson – 20 juin 2015

Live report :

L’an 2015 sonne les 10 ans du festival, 150 000 festivaliers et une place de 2ème au classement français en termes d’affluence (derrière les Vieilles Charrues). Et pourtant, humble et prudent, Ben Barbaud, le fondateur, explique « Un festival c'est très fragile. Le succès n’est pas garanti à vie. Le Hellfest surfe sur un effet de curiosité ». Malin et toujours projeté vers l’avenir, Ben Barbaud sait pertinemment que dans un univers hard & metal où le renouvellement des groupes est minime, la programmation restera l’enjeu de demain.

Nous y sommes, samedi 20 juin, 14h… le site, déjà incroyable les années précédentes, est tout simplement ahurissant. Le décor est digne d’un Disneyland apocalyptique et ce, malgré un soleil de plomb. L’équipe du festival a fait un travail prodigieux pour continuer d’embellir et de rendre agréable le site où tout est parfaitement soigné. Pelouse soyeuse, chemins de graviers, stands sculptés, cage géante pour démos de skate, deux grandes scènes aux atours brodés et les espaces des scènes alternatives complètement ré architecturés. Si l’enfer ressemble à ça, pas sûr qu’on reste sage… (quelqu’un a vu DSK ?)

Route et chaleur obligent, casse-dalle et rinçage de gosier en règle avant petite promenade digestive à la Warzone, la scène punk-hardcore. Une vie de maison de retraite qui nous ramène rapidement vers la Main Stage 1 où Ace Frehley, guitariste fondateur de Kiss, offre son hard rock convenu et défraîchi qui peine clairement à convaincre. Avant ça, on a pu jeter une oreille à The Answer et son rock & roll seventies de bonne facture… En réalité, le premier rendez-vous attendu pour nous est à 16h45, les australiens allumés d’Airbourne. Alors que Backyard Babies termine gentiment son concert devant un public poli, les frangins O’Keeffe embrayent pied au plancher, réservoir à bière ras la vessie, moteur à riffs v12 en marche. Rien à dire, Joel O’Keeffe est un showman hors norme aussi habile guitare en main qu’à l’ouverture de bière façon « fracassage contre crâne ». Ça fait un peu de mousse mais à une main c’est efficace. Le public est passé du mode alternatif au courant continu malgré une coupure de jus d’une petite dizaine de minutes qui n’ébranle pas le groupe. Joel se démerde pour meubler en haranguant la foule puis en fracassant encore des bières sur sa tête… Efficace on vous dit ! EDF enfin sorti de son mutisme, Airbourne reprend l’entreprise de démolition et envoi du steak. Un mois après AC/DC au Stade de France, les influences ne sont pas trompeuses mais les choses sont claires : Airbourne s’est forgé son propre catalogue de riffs AC/DCiens avec un savoir-faire maison. Prestation high voltage qui laisse une nouvelle fois Clisson sur le flanc.

Un peu plus tard, deuxième rendez-vous toujours aussi chevelu. L’inoxydable guitar hero, haut de forme moulé sur cheveux moutonnant, Slash débarque avec Myles Kennedy et ses Conspirators sur scène. La setlist reste classique, alternant morceaux du dernier album et toujours les mêmes chansons cultes de Guns N’ Roses et du Velvet Revolver. Mais, même s’il manque le supplément d’âme au groupe, Slash colle toujours son feeling blues et ses tripes dans ses riffs et soli. Une énergie et un enthousiasme saisissant qui le font porter le projet à bout de manche. Peu importent les mecs qui sont derrière, Slash cavale et arpente le manche de ses guitares, simple ou double d’ailleurs. Bien-sûr « Nightrain », « Sweet Child Of Mine » ou le final de « Paradise City » emportent clairement l’adhésion mais l’ex-Gn’R met une belle baffe avec la presque progressive « Anastasia » jouée sur une Guild double manche acoustique / électrique. Setlist classique mais mythe et chapeau intacts, Slash was here !

Le soleil est toujours de plomb et la bière est fraîche. Petite pause pendant la prestation un peu assourdissante de Killing Joke et retour devant les Main Stage pour la prestation attendue de ZZ Top. Attendue certes mais effroyablement décevante. Le son est précisément calibré, agréable même, mais le trinôme est en roue libre, terriblement robotisé et surtout soporifique. Il en bafouerait presque sa légende oubliant l’essence même du boogie rock et des racines blues, une musique de partage, d’enthousiasme et de feeling. Qu’est devenu le guitariste respecté par Hendrix ? Même la version hommage de « Foxy Lady » est gavée de Prozac. « La Grange », « Gimme All Your Lovin’ » et « Pincushion » parlent au public… mais plus par nostalgie que par conviction. La déception est à la hauteur de leur potentiel et ce blues mid-tempo n’est pas raccord avec les sets plus endiablés qui ont fait leur renommée.

Pendant ce temps, une armée de roadies-fleuristes installent la scène de Faith No More, exclusivité du festival et tête d’affiche rare en France. Décorum blanc, ribambelle de fleurs, Mike Patton et ses sbires prennent à contre-pied les décors sombres et funestes des grands prêtres métalleux (dont Marilyn Manson qui leur succèdera sur cette même scène…). La sentence tombe, le groupe entre, tout de blanc vêtu et amorce par la poétique « Motherfucker ». Regard fourbe et vicieux, Mike Patton entraîne sa légende à Clisson. Faith No More est déjà une curiosité en soi avec sa musique hybride et ses amalgames de styles mais ce soir, le groupe atteint des sommets. Il emporte les foules dans son tourbillon de grandiloquence et de dérision, assénant le public de musiques rageuses et ballades presque facétieuses. Capables de virevolter d’un instant à l’autre, passant de la plus grande sauvagerie à la plus sirupeuse des variétés-pop, Patton et les siens prouvent – parfois même à l’intérieur d’un seul et même morceau – leur agilité ahurissante par quelques changements cassants. Meilleure illustration, la version épique de « Midlife Crisis » entrecoupée d’un intermède volontairement disco-kitsch emprunté à Boz Scaggs en guise de doigt d’honneur au métal. « Fuck Hellfest » rappellera Patton dans la soirée, toujours provocant… Musiciens incroyables pour chanteur prodigieux. Inutile de préciser que le public se délecte d’une setlist bien armée dont la splendide « Evidence », « Ashes To Ashes », « Caffeine », « We Care A Lot » et quelques nouveaux morceaux parfaitement intégrés. Le final, nouveau contre-pieds pour une foule en attente de « Diggin’ The Grave », Faith No More reprend « This Guy's in Love With You » sous une putain de nuit étoilée, décors Hellfest en flamme, troquant barbarie contre romantisme mielleux. Anthologique !

Le choix peut paraître cornélien mais il ne l’est pas, le consensus est vite arrivé. Nous délaissons les futals en skaï, les cheveux décolorés et le chanteur à béret (lisez Scorpions) pour l’élégance naturelle du trio belge de Triggerfinger. Sur la route, le Hellfest nous gratifie d’un historique feu d’artifice long comme une fille d’attente à la CAF et d’une splendeur inégalée. The Valley accueille donc, blindée comme un œuf Kinder, le trio anversois absolument déchaîné. On les avait vus à Brest fin d’année dernière pour un set déjà convaincant en salle mais ce soir le groupe est galvanisé par la foule, par l’événement et par l’ambiance électrique. La setlist transpire le blues et le son est aussi gras qu’un welsh au maroilles. Monsieur Paul, lunettes rivées sur la face tient fort les lignes de basse et Mario Goossens est tout simplement monumental à la batterie, tapissant le fond avec une technique et une puissance éléphantesque. Ruben Block, lui, reste absolument intenable, passant d’un bout à l’autre de la scène et sautant dans le public pour un solo bien rugueux. Les festivaliers sont clairement en transe et cassent la baraque sur « Oh My Knees » et « By Absence Of The Sun ». Les belges laissent une trace indélébile, gravée dans le marne de la Valley (désolé…).

Sur les genoux mais pas encore sur les rotules, il reste le dernier prêche du révérant Manson qui vient offrir sa messe noire pour clôturer la journée. Visuellement, c’est plus simpliste que ce à quoi on pouvait s’attendre. Musicalement, c’est moins barré que ce à quoi on pouvait s’attendre. Comme quoi… Manson n’a pas l’air dans son assiette, les enchaînements sont parfois longs et le cérémonial un peu raté… Dans tous les cas, on abdique un peu après la moitié, le reste de l’affiche ayant largement rempli le contrat.

Les 10 ans de ce festival hors norme résonneront toujours comme une fête spectaculaire où la programmation en best of de toutes les éditions précédente a porté haut les couleurs du rock heavy. Messieurs les organisateurs, chapeau bas. Vraiment, chapeau bas.

Jean

Setlists :

Retrouvez la setlist de Airbourne Retrouvez la setlist de Slash Retrouvez la setlist de ZZ Top Retrouvez la setlist de Faith No More Retrouvez la setlist de Marilyn Manson

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